Méritocratie et technostructure
Par e-boo.fr le mercredi 11 mars 2009, 23:15 - Lien permanent
Extrait du blog de Brice Couturier http://franceculture-blogs.com/bricecouturier/2009/03/09/ce-qui-restera-de-culture-apres-la-crise/
"Toute une génération de jeunes diplômés d’après-guerre, exaspérés par l’incompétence, la fermeture d’esprit et l’arrogance sociale des élites sociales de leur temps, avaient misé sur cette fameuse “méritocratie“. L’idée était de renouveler les classes dirigeantes, en misant sur une sélection par la compétence universitaire. Dans l’entreprise, de virer l’actionnaire et le patron de droit divin, pour donner le pouvoir au cadre supérieur. En politique, de dégommer les corps intermédiaires et les élus locaux, réputés corrompus et insensibles à l’intérêt national, pour confier le pouvoir à des hauts fonctionnaires, intègres et compétents."
Une des causes de la crise actuelle réside surement dans la reprise de pouvoir au cours des années 1980 par les actionnaires. Pendant les 30 Glorieuses la direction des entreprises était assurée par une technostructure de cadre supérieur qui n'avait pas forcement comme objectif de maximiser le return on investment pour les actionnaires sur le court terme mais plutôt d'assurer le développement de la compagnie sur le moyen terme. Comme, à la différence d'un actionnaire externe, un cadre même supérieur est présent dans l'entreprise quotidiennement, cette gestion se faisait dans le respect des salariés. C'est plus ou moins le modèle du capitalisme rhenan : technostructure financé par des banques ou modele "français" technostructure soutenu par des interventions publiques. A partir de la fin des années 80, le modéle anglo-saxon redonnant la priorité aux actionnaires s'est répandu, conduisant aux excès court termisme actuels.